Décryptage

Le rap en France : nouvel âge d’or ?

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#LaSacemSoutient

Les résultats de la première grande enquête sur l’impact des musiques rap en France ont été dévoilés, en octobre dernier, au MaMA. Cette étude a été réalisée à l’initiative de Red Bull France en partenariat avec le magazine Tsugi, l’agence de production de concerts Super! et la Sacem.

Les chiffres sont incontestables. Depuis 2017, le rap francophone et ses dérivés dominent le paysage musical français, avec entre neuf ou onze albums classés selon les années dans le top 20 des ventes de disques.

Le hip-hop a conquis le cœur de la jeunesse de notre pays. Au point que la France est devenue le deuxième marché mondial du rap après les États-Unis, où le genre est né dans la deuxième moitié des années 70. Le triomphe actuel du rap et du RnB s’inscrit dans un contexte où, tiré par la croissance des revenus issus du streaming (72% du chiffre d’affaires de la musique), le marché de la musique retrouve des couleurs, renouant en 2020 avec son niveau de 2008 (soit un chiffre d’affaires de 660 millions d’euros).

Dès 2019, dans son bilan annuel, le Snep notait : « Déjà très présentes dans les années 90, les musiques urbaines reviennent en force avec l’essor du streaming et l’accès à la musique plus facile pour le jeune public. Elles font l’objet d’une consommation intensive : les jeunes écoutent les titres en boucle, d’où l’omniprésence de ces répertoires à la tête des classements ».

73% des 14-35 ans et 78% des 14-24 ans écoutent des musiques urbaines made in France  

La domination francophone

 « Depuis environ une quinzaine d’années, le rap français a pris pleinement l’espace, atteste Narjes Bahhar, la responsable éditoriale du rap chez Deezer. Il y a beaucoup moins d’engouement pour le rap américain, même si les très grosses sorties US intéressent toujours le public rap. »

La domination francophone se révèle encore plus écrasante dans le top des singles (un classement 100% streaming), puisque quatorze des vingt artistes les plus écoutés en 2020 sont des artistes français.

Les résultats 2020 du streaming enfoncent le clou : l’année dernière, les titres les plus écoutés sur les plateformes relevaient quasiment tous des musiques urbaines. Une autre manière de mesurer l’engouement actuel est de remarquer qu’entre 2009 et 2019, le nombre de sociétaires du top 1000 de la Sacem issus du répertoire urbain a été multiplié par trois, tandis que les montants correspondants répartis étaient multipliés par six.

Cette percée du rap depuis plusieurs années, portée notamment par le streaming, la Sacem l’a constatée et en tient compte dans ses actions.

Alexandre Mahout, directeur des Répertoires à la Sacem. 

« À la Sacem, nous nous adaptons à cette évolution du paysage musical français en aidant de nombreux artistes rap via nos programmes d’action culturelle, en facilitant l’adhésion (plus besoin de partitions, qui sont peu répandues dans le rap, ainsi qu’une adhésion en ligne) et en faisant un maximum de pédagogie autour des dépôts de titres qui sont à faire rapidement si l’on veut garantir la collecte de ses droits, en particulier pour les exploitations streaming. »

La radio et la télévision

En revanche, les radios semblent faire moins de place au rap. L’urbain ne représente que 15% de leurs playlists contre 62% du streaming audio des deux cents titres les plus écoutés et 60% de son équivalent vidéo en 2019. Le chiffre grimpe légèrement en 2020 avec vingt titres de rap dans le top 100. Mais on constate une déconnexion dans la représentation de cette musique entre radio et streaming, ce qui s’explique par la différence de public. Selon une enquête publiée en juillet 2020 par le ministère de la Culture, seulement 35% de la génération née entre 1995 et 2004 écoutent la radio chaque jour.

Même constat du côté des médias spécialisés : 34% seulement, en majorité des webzines, couvrent l’actualité du rap et assimilé alors que le rock est à l’honneur dans plus de la moitié des titres.

On ne sera pas surpris alors que le public rap s’informe avant tout sur les réseaux sociaux, principalement Instagram (72%), TikTok n’attirant pour l’instant que 4% du public cherchant de l’information rap. 

On manque de médias qui feraient découvrir le rap sans que l’on soit obligé de passer par les algorithmes de YouTube, Facebook et les autres réseaux sociauxJe regrette que les radios ne jouent plus assez leur rôle de découvreurs. Il faut des médias qui prennent des risques artistiques.

Éric Bellamy, dirigeant de Yuma Productions et tourneur d’Aya Nakamura, Black M et Damso

Même constat du côté des chaînes de télévision. Pourtant, c’est à la télévision qu’est né l’événement rap de 2020, la série Validé, de Franck Gastambide, qui a été visionnée plus de vingt millions de fois sur le site MyCanal, un record historique pour la chaîne. Au passage, Validé a mis en orbite Hatik, l’une des sensations rap de 2020.

Investir les festivals

Les musiques urbaines gardent également une marge de progression dans l’industrie du live, même si les gros festivals leur accordent une place de plus en plus importante.
Si les Eurockéennes de Belfort gardent une dominante rock, les Vieilles charrues, Garorock et Solidays donnent une place prépondérante aux artistes rap, avec plus de 50% de leur programmation en 2019.

« Aujourd’hui, confirme Éric Bellamy, il est devenu économiquement très difficile, pour un tourneur, de ne pas avoir de rappeurs dans son catalogue. La demande a explosé. Je crois qu’on peut dire que le rap a gagné, même si cela lui a pris du temps. »

Dans ce contexte, pour les professionnels, la quasi-absence de manifestations entièrement dédiées au rap est une anomalie en décalage avec la réalité du marché musical français. Certains appellent d’ailleurs à la création d’une cérémonie de remise de prix dédiée au rap, à l’image des BET Hip Hop Awards aux États-Unis. « Pourquoi n’y a-t-il pas de Victoires de la musique rap ?, s’interroge le manageur Oumar Samake. Je trouve dommage qu’il n’y ait rien pour glorifier la créativité du rap. » Manifestement, il reste un peu de travail à faire.

Olivier Richard et Alexis Bernier


Crédits photos : photo haut de page : © Lionel Bonaventure/AFP
/ 2e photo : © Damien Paillard –

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