Décryptage

Un jour peut-être… un prix pour la musique au Festival de Cannes ?

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#Cinéma #Création

Rarement cité en début de générique, le compositeur est bien co-auteur de l’œuvre cinématographique aux côtés du réalisateur et du scénariste, non seulement en vertu du code de la propriété intellectuelle, mais aussi et surtout grâce à sa contribution artistique. La création musicale originale participe à l’identité même du film. Le compositeur est celui qui raconte sans être vu, qui écrit sans être lu.

Le scénariste construit le récit, le réalisateur le fait vivre, et le compositeur – troisième auteur – apporte aux images une âme sonore qui embarque, émeut, illustre, et parfois transporte des scènes entières.

Impossible d’imaginer Le Grand Bleu sans la bande-son d’Eric Serra, Un Homme et une femme sans la mélodie de Francis Lai, les Parapluie de Cherbourg sans la partition de Michel Legrand, The Artist sans les notes de Ludovic Bource, The Shape of Water sans la BO d’Alexandre Desplat, ni la scène de la douche dans Psychose d’Hitchcock sans la musique de Bernard Herrmann.

Et pourtant…

À Cannes, festival de cinéma le plus prestigieux du monde, melting-pot des cinématographies, lieu de rencontre de l’art et de l’industrie… la musique n’a pas reçu de prix depuis plus de 40 ans dans la sélection officielle. Alors même que compositeurs et réalisateurs s’accordent à dire que Musique et Cinéma forment un duo gagnant.

Si j’ai voulu être compositeur de musique, c’est grâce au cinéma. Ecrire de la musique pour un film, marier un son à une image, c’est ce qui me stimule, me passionne !

témoigne Amine Bouhafa, compositeur ayant signé la musique originale de cinq films en compétition cette année, à Cannes*

« Le réalisateur t’ouvre son univers cinématographique et t’invite à le transporter dans le tien. C’est un voyage où l’on peut se surprendre mutuellement. Alors oui, le succès d’un film peut se conjuguer avec le succès de la musique et vice-versa. Il y a des films dans lesquels la musique féconde l’image et donne une sorte de troisième dimension qui accompagne la narration et qu’on ne voit pas à l’écran » poursuit-il.

La musique à Cannes

Cannes a valsé au rythme des musiques de nombreux films et a permis des rencontres fabuleuses entre producteurs, réalisateurs, compositeurs et jeunes créateurs. Depuis plusieurs années déjà, la Sacem s’engage auprès des compositeurs et met tout en œuvre pour leur offrir une fenêtre d’exposition pendant ce rendez-vous incontournable pour le cinéma mondial.

Partenaire institutionnel du festival et des sélections parallèles, la Sacem a été la première à y couronner la musique dès 1946 et jusqu’en 1952 par le Grand Prix International de la Sacem. Chaque année, elle soutient, à travers plusieurs initiatives, la musique et accompagne les compositeurs ayant signé la bande originale des films présentés à Cannes.

« Nous sommes engagés à Cannes, mais aussi dans d’autres festivals audiovisuels incontournables de la création musicale pour l’image. Des compositeurs m’ont confié que sans les dispositifs mis en place par la Sacem pour les connecter à des productions en développement, ils ne seraient pas les auteurs qu’ils sont aujourd’hui. Je suis fier de ce formidable travail qui se fait sur le terrain. Ce sont ces rencontres professionnelles qui font naître des collaborations artistiques fructueuses » déclare Patrick Sigwalt, compositeur et Président du conseil d’administration de la Sacem

Après deux ans de crise, lors de cette 75è édition du festival de Cannes, la Sacem tient à se mobiliser fortement  pour soutenir la création musicale et mettre à l’honneur les compositeurs de musique.

Pour la première fois, la Sacem organise une montée des marches des compositrices et compositeurs de musique, emmenée par Patrick Sigwalt.

La Sacem est également à l’origine de La leçon de Musique, une initiative qui met en lumière le travail des compositeurs auprès des festivaliers et qui honorera cette année le compositeur, Gabriel Yared.

« Nos différentes actions visent à valoriser le compositeur de musique. Aujourd’hui, il est parfois considéré comme un prestataire de services, or il est essentiel qu’il soit reconnu comme co-auteur du film. Il crée une œuvre de l’esprit qui s’exportera mieux si elle bénéficie davantage de soutien en termes de budgets mais aussi en termes de reconnaissance » explique Patrick Sigwalt.

Collecte de droits d’auteur, création de la valeur pour l’œuvre mais pas seulement

La Sacem est consciente des défis auxquels sont confrontés les jeunes créateurs au démarrage de leur carrière. Outre la création d’opportunités durant le Festival de Cannes, elle initie tout au long de l’année de nombreuses rencontres professionnelles créant des complicités entre jeunes compositeurs et réalisateurs lors de festivals audiovisuels et de cinéma, dans le but de les propulser dans l’univers professionnel et de les doter des moyens nécessaires à leur développement. Elle est ainsi partenaire de rendez-vous phares de la musique et de l’image : Sœurs Jumelles à Rochefort, les Arcs film festival, le Film d’animation d’Annecy ou encore Music & Cinéma à Marseille.

Valentin Hadjadj, compositeur du film Close, en compétition officielle cette année, a rencontré Lukas Dhont il y a quatre ans lors du marché Troisième personnage, co-organisé par la Sacem et le festival Music & Cinéma.

Elle propose de multiples programmes d’aide aux compositeurs.

« Nous avons pour ambition d’aider les jeunes talents à se faire connaître. La Sacem a un vrai rôle à jouer dans l’émergence des jeunes artistes. Il faut leur permettre de s’imposer dans cet écosystème aussi challengeant qu’exigeant » poursuit Patrick Sigwalt.

Un jour, un prix pour le compositeur ?

Propulser les jeunes artistes et les accompagner vers leur succès international est un beau chemin vers la réussite que souhaite parcourir avec détermination la Sacem, aux côtés de ses compositeurs. Soutenir les plans de carrière, promouvoir les répertoires, créer de la valeur pour les créateurs, accompagner les talents et peut-être un jour célébrer la musique et les compositeurs lors du Festival de Cannes.

Le Festival de Cannes se veut un festival qui défend l’auteur. Se voir primé lors de cet évènement est un rêve pour tous les compositeurs 

conclut Amine Bouhafa

Si un jour ce rêve venait à se réaliser, la Sacem serait au rendez-vous et déploierait tous ses moyens pour le célébrer.

Pour aller plus loin :
L’actualité de la Sacem : « Les compositeurs de musique à l’image à Cannes »
Entretiens de compositeurs à Cannes en vidéos
Podcasts de Stéphane Lerouge sur le musée Sacem
Points de vue de créateurs : Rémi Boubal, Julie Roué


* Polaris de Ainara Vera (sélection Acid), Nos Frangins de Rachid Bouchareb (Cannes Première), Les harkis de Philippe Faucon (Quinzaine des Réalisateurs), Under the Fig Trees de Erige Sehiri (Quinzaine des réalisateurs) et Alma Viva de Cristèle Alves Meira (Semaine de la critique)


– Crédit photo : RgStudio –

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